***Révélations sur la mort de Walter Benjamin :

 

Le livre  The narrow foothold, par Carin BIRMAN  

b10 WBenjamin suicide

 

 

L'auteur de ce mémoire d'exil loin de l'Europe occupée par les nazis a été écrite par C. Birman (1895-1996), qui fut conseillère juridique à l'ambassade d'Autriche à Paris entre 1926 et 1938.

 

Ce livre raconte la fuite avec son amie Sophie Lippmann (1885/1975) à travers les Pyrénées, en direction de l'Espagne et du Portugal, afin de gagner New York en bateau.

 

Elle obtiendra le visa de réfugiée intellectuelle pour se rendre au Mexique; elle passera un an à Mexico et gagnera New York en 1942.

 

Ce témoignage fascinant est aussi le récit du dernier jour du célèbre philosophe W.Benjamin; il apporte des détails inédits sur les circonstances qui ont entouré l'ultime journée ainsi que l'état d'esprit qui régnait durant la dernière nuit à Port-Bou, à la frontière espagnole.

 

Il montre aussi le désespoir des exilés et la corruption qui régnait parmi les douaniers et policiers espagnols de l'époque.

 

Ces souvenirs furent écrits en 1975 mais ne furent jamais publiés du vivant de l'auteur; le tapuscrit fut confié par son auteur à Barbara Friedlander, la fille de Sophie Lipmann, en 1976 et il fut édité pour la première fois à cette date.

 

Comme l'écrivit Olwyn Hughes : "This account gives a glimpse oh how a whole stream go German artists and thinkers escaped from the nazi horror."

 

Le début rappelle le voyage de W.Benjamin de Marseille à Banyuls: changement de train à Perpignan, en compagnie de sa soeur Dele et de son amie Grete Freund.

Un guide (non nommé) les accompagne dans la montagne: aucune indication sur les lieux ou lieux-dits; simplement il est noté que c'est la période des vendanges. C'est un jour de septembre très chaud.

 

Arrivées au sommet (page 3), les trois femmes sont rejointes par "an ederly gentleman, a younger female and her son" : il s'agit de Walter Benjhamin, de Henny Gurland et de son fils José, non nommés.

 

Elles atteignent le village catalan (Port-Bou non nommé) au crépuscule, douze heures après le départ de Banyuls…

 

La police franquiste leur fait savoir qu'elles doivent regagner la frontière; Carina leur demande l'autorisation de passer la nuit, avec promesse de retourner en France dès le lendemain (il s'agit du matin du 26 septembre 1940). La police les conduit tous dans un hôtel spécial surveillé, la police informant les nazis qui ont la liste des personnes à faire revenir en Allemagne.

 

Elle en informe WB qui ne dit mot.

 

 Quatre groupes vont occuper les quatre chambres de l'auberge surveillée par la guardia civil: W.B. est seul dans la chambre 4.

Le lendemain, à 7h du matin, Madame Birman, entendant des souffles forts, des halètements inquiétants, pénètre dans la chambre de WB (page 4); il lui dit son intention de ne pas revenir en arrière, ni de quitter cet hôtel…

Elle : "Il n' y a pas d'autre solution.

-WB : Il y en a une pour moi. J'ai du poison." Il était à moitié nu sur le lit et n'arrêtait pas de regarder l'heure sur la belle et grande montre en or de son grand-père…

Mme Birman l'implore d'abandonner son idée de suicide et lui demande d'attendre le résultat du deal -marchandage- avec la police : la liberté contre un pourboire, des pièces en or…

Son amie (Henny Gurland n'est pas citée, amis sa vie est résumée en annexe, à la fin du livre), vient tenir compagnie à Walter; rien n'est dit sur les médecins que l'aubergiste a alertés…

 

Le lendemain matin, elles apprennent la mort du philosophe; elles tentent retéléphoner à plusieurs personnalités (tout demeure imprécis).

Cependant les douaniers les raccompagnent à la frontière (page 6 : deux heures de marche, sans doute vers le Col de Balitres, non nommé)

Au sommet, une forte pluie se met à tomber. Prises dans las tempête, elles décident de revenir à Port-Bou. Le capitaine de police les reconnaît et leur donne alors un visa de sortie : elles doivent quitter Port-Bou avant la nuit !

Surprise (p.7), le groupe est invité à déjeuner à la table de l'auberge, abondante ! (Henny et son fils doivent être avec elles…)

Entra alors un curé catholique à la tête d'une trentaine de moines en aubes blanches, portant une bougie et chantant une litanie religieuse…Ils traversent la salle à manger et se rendent à l'étage. Ils avaient été requis d'un monastère proche (non nommé : Sant Pere de Roda ? Sant Quirze..? les personnes que j'ai interrogées m'ont dit qu'il n'y avait plus de moines là à cette époque…) : ils devaient célébrer un requiem pour la mort du "professeur Walter" et pour ses funérailles. Les dames allemandes pensent alors à la confession juive de WB et sont étonnées…

Ensuite, le gérant de l'Hostal de Francia (non nommé) leur donne des parapluies (page 10) et les accompagne à la gare, située non loin de l'hôtel : en montant la "rue de la mer", on arrive vite à la rue et aux marches qui mènent à la gare.

 

Le témoignage sur Port-Bou s'arrête là. Le groupe arrive ensuite à Bercelone : Carina écrit que ses amis apprennent que la police secrète nazie les observe sans cesse et partout… Le groupe prend le train pour Madrid.

Par la suite, Mme Birman note la première mention de la mort de WB dans le "Wew-York hebdo".

Le 11 octobre 1940 (page 17) elle explique pourquoi on a enterré le philosophe juif dans la partie catholique du cimetière.

 

La page 19 contient l'ultime témoignage de Henny Gurland : il s'agit de la lettre que WB lui a donnée (ou dictée ?) et qu'elle révèle à Adorno en arrivant à New York. le document n'a jamais été retrouvé il a sans doute été détruit par Mme Gurland, par peur d'être compromettant…(?)

 

 On apprend qu'elle envoie une autre lettre à un parent de son époux, Akadi, daté du 11 octobre 1940, adressé à Adorno puis envoyée à Gershom Scholem, ami de Walter et travaillant à l'université de Jérusalem.

 

Gurland écrit que, après Marseille et l'ascension sur les hauteurs de Banyuls, elle rencontre le groupe de Mme Birman; "ce furent douze heures d'horreur".

 

A 7h le 26, Mme Lippmann l'appelle car Walter la demande: il a pris la veille de grandes quantités de morphine; il faut qu'elle le fasse passer pour malade… Il lui donne une lettre adressée à elle-même et à Adorno.

 

Rien n'est dit sur le contenu de la valise noire; Mme Carina Birman parle simplement de "la légende de la valise"… (page 20) 

Ensuite, elle écrit que Lisa Fittko (la passeuse) rencontre un professeur, ami de Scholem, Schimon Abramsky; celui-ci écrit en mars 1980 une lettre expliquant qu'il a rencontré à l'université de Stanford la tante de l'épouse d'un collègue qui prétend avoir traversé les Pyrénées avec WB. Il s'agit de L. Fittko, que Scholem contacte à Chicago et qui plus tard, en novembre 80, écrivit un témoignage décrivant le passage à travers les montagnes : Le chemin des Pyrénées.

Il corrobore les écrits de Mme Birman : 

"J'atteignis la frontière par la route Lister, "a nebulous picture surfaces from wherever il has been buried all these years. Three women - two of them I know vaguely - crossing our reading; though in a haze, I see us standing there and talking for ashore while. They had come up by zadifferent road and they continued their way down the Spanish side separately." (p.20)

 

Le livre contient des photos des personnages cités, de l'auberge et des douanes de Port-Bou, ainsi que du cimetière (avant la création du Mémorial de Dany Karavan, 1995) et des trois plaques commémoratives : dans le cimetière, près de celui-ci et sur le mur du "musée" (utilisée quelques années, cette salle municipale fut fermée car il était question de créer une fondation WB -au Centre Civic ?- mais elle n'a pas encore été réalisée au moment où j'écris ce texte (juin 2016)…

 

JPBonnel

 

*Edition Hearing Eye, Londres, en anglais - 7 livres, 10 euros à la librairie des halles St-Pierre, Montmartre, où Barbara Friedlander déposa plusieurs exemplaires (discussion avec la propriétaire des lieux)

© Mrs Barbara Friedlander, 2006.